Spoiler:
De grands bruits dans la nuit, la perturbante détonation qui rompt le silence. Un treize juillet au soir, un feu avancé à cause de la pluie et d'immenses fleurs qui embrasent le ciel. C'est un peu ça un feu d'artifice, c'est joli mais déchire les tympans, c'est un petit revers de flamme qu'on admire sans se lasser et qu'on laisse partir sur un "oh" de fin du monde.

Si à l’instant précis Eve passait devant vous en tirant une lourde chaise en bois jusque dans sa salle de bain, il n’aurait pas fallu y voir l’œuvre du hasard mais plutôt un enchainement d’évènements très communs qui avaient commencé par « chouette » et qui s’étaient terminé par « wow il me faut ça ».
C’était une journée grisâtre comme seule Paris sait en faire, un jour parfait pour les suicides d’asiatique touchés par le syndrome de la capitale et une autre morne journée d’ennui pour les parisiens. Sauf pour Eve qui attendait en trépignant sur un quai anonyme que sa meilleure amie se pointe. Ce genre de quai de gare, plus gris encore que l’élément parisien étaient de vrais mouroirs pour l’esprit, les corps s’y entassaient dans l’attente d’un hypothétique métro, les regards étaient vides, les bouches closes et il régnait une sorte de catharsis de l’activité assez affolant. Enfin, aujourd’hui, c’était pire… il n’y avait pas un chat si ce n’est ce vieux clochard au bout de l’autre coté. En bref, personne à observer et Eve se faisait chier.
Devon passa dans le couloir, s’arrêta un instant en voyant la jeune femme aligner religieusement des bouquins près de la baignoire pleine. Un vague « mais qu’est ce que tu fais » n’eu pas de réponse si ce n’est un grand sourire de la préposée aux conneries.
Il parait qu’il ne faut pas boire d’alcool à jeun, ni avec une paille, sinon on se retrouve plus vite que prévu à chanter des chansons paillardes debout sur la table. Sauf que voila, le cocktail opposa trois arguments qui ne manquaient pas de poids. Petit 1 – Je sais que tu as soif, petit 2 – Ils servent lentement ici et petit 3 – Je suis un Tequila Sunrise.
Touché petit enfoiré décoré de sucre, tu es un Tequila Sunrise et AUCUN Tequila Sunrise n’a pu me résister. Assurément, ce fut le gros lot car pendant que la boisson ricanait en son fort intérieur, Eve s’en enfila la moitié d’une traite. Le reste ? Le reste c’est un hamburger qui danse la cucaracha, des frites qui font le grand saut et un pancakes sauteur. Et laissez-moi vous dire que c’est à ce moment là que les choses se corsent.
Eve souleva la chaise qu’elle posa en équilibre sur les bouquins, très en hauteur par rapport à la baignoire. Devon resta un instant interdite puis se décida à faire la seule chose sensée qu’on pouvait faire – elle alla récupérer les éditions La Pléiade de Maupassant, de Jarry et de Montaigne qui servaient de piédestal. Furieuse qu’on déséquilibre son œuvre, Eve bouta Devon hors de la salle de bain à grand coup de doigt dans les côtes et récupéra, après une attaque épique, La Pléiade de Montaigne.
Il se dressait en face d’elles, grand, somptueux, puissant, viril… et rouge. Le cinéma Imax. Eve aimait beaucoup se répéter que l’écran était plus grand que la superficie de sa maison actuelle (qui ma foi allait chercher dans les 300m² avec la cave) et qu’il y avait près de 500 porte gobelets. Bref, un bel engin. « On va voir le film du rêve ! ». L’alcool ne permettant pas de prononcer correctement un amalgame aussi compliqué de C de T et de P. Et c’est à ce moment précis, dans le noir, quand Léonardo Dicaprio tombe dans une baignoire pleine de flotte qu’Eve pensa « Wow, il me faut ça ».
« Tu m’expliques quand même ? » Eve, assise sur la chaise, les bras croisés et les jambes en tailleur toisa un instant Devon avant de daigner lui répondre. « Tu ne vois pas ? Je vais attendre de m’endormir et quand je dormirais profondément, je sortirais du rêve en tombant dans la baignoire ! » Instant magique, révélation, moment clef, action ! « Tu sais que depuis 100 ans on a inventé les réveils ». Devon évita de peu La rivière qui coule à l’envers et se dit qu’elle n’avait rien perdu au change. Elle laissa donc Eve sur sa chaise. Eve, qui finit par s’endormir, perchée comme un oiseau.
Et puis voila, il existe sur terre des gens qui s’agitent quand ils dorment, qui remuent, parlent et vivent, qui tirent la couette et le drap, tombent du lit ou tournent complètement. Des gens actifs, qui font tomber une chaise de son piédestal de livre.
Mais indubitablement, Eve n’était pas de ce genre là.
Car quand elle se réveilla le lendemain matin, elle trônait encore sur sa chaise. « Et merde ». Sauf que voila, en descendant, elle eut un geste brusque et la chaise partit en arrière.
Plouf.

Eve se jeta sur le fauteuil, puis sans dire un mot, joignit les doigts devant son visage. Sheldon comme d’habitude s’était contenté d’ouvrir la porte et de voir la silhouette blonde débouler comme une tornade. Pour Eve, Sheldon était l’informaticien bien qu’il n’ait jamais eu aucun diplôme qui en faisait foi, mais c’était ainsi, elle l’avait catalogué, étiqueté et oubliait assez facilement tous les moments où ce dernier lui avait répondu qu’il ne pouvait pas l’aider alors que se débattait avec son ordinateur.
Sheldon haussa les sourcils.
« Quoi ? Pourquoi tu te prends soudainement pour le docteur d’enfer ? »
« Tu ne devine pas ? »
« J’ai pas encore le décodeur »
Eve ricana en enfonçant la tête dans les épaules. Elle écarta lentement les mains et alla les poser sur chaque bras du siège en cuir, elle fit mine un instant de gratter la peinture du bout de l’ongle puis laissa tomber cette phrase comme un cheveu dans la soupe.
« J’ai trouvé un moyen de contrôler Cowblog ! »
« Cowbl.. ? Ton truc de blog là ? Comment ? »
Eve se leva d’un coup, raide comme un piquet et se mit à tourner dans la pièce avec cet air des mauvais jours, enfin surtout pour les autres.
« Mais oui ! L’armée est blessée, plus de soldat, je peux lancer une propagande et gagner ! »
« Décodeur »
« Bon, y a personne sur Cowblog alors j’me suis dis qu’en faisant une connerie par jour sur mon blog je pourrais spammer la page d’accueil de Cowblog. »
« Tu sais que ça n’emmerdera personne dans les faits ? »
« Aucun plan n’est parfait »
Sheldon haussa les sourcils.
« Quoi ? Pourquoi tu te prends soudainement pour le docteur d’enfer ? »
« Tu ne devine pas ? »
« J’ai pas encore le décodeur »
Eve ricana en enfonçant la tête dans les épaules. Elle écarta lentement les mains et alla les poser sur chaque bras du siège en cuir, elle fit mine un instant de gratter la peinture du bout de l’ongle puis laissa tomber cette phrase comme un cheveu dans la soupe.
« J’ai trouvé un moyen de contrôler Cowblog ! »
« Cowbl.. ? Ton truc de blog là ? Comment ? »
Eve se leva d’un coup, raide comme un piquet et se mit à tourner dans la pièce avec cet air des mauvais jours, enfin surtout pour les autres.
« Mais oui ! L’armée est blessée, plus de soldat, je peux lancer une propagande et gagner ! »
« Décodeur »
« Bon, y a personne sur Cowblog alors j’me suis dis qu’en faisant une connerie par jour sur mon blog je pourrais spammer la page d’accueil de Cowblog. »
« Tu sais que ça n’emmerdera personne dans les faits ? »
« Aucun plan n’est parfait »

Eve, c'est la blonde, celle qui vit pas loin de chez moi. Elle est pas tout a fait normale, enfin, c'est ce que se disent beaucoup des gens qui la croisent, il faut dire qu'avec ses airs fixes, ses grands yeux noirs et sa peau blanche, elle fait un peu figure de drôle de machin. Eve, son trip, c'est les gens. En fait regarder passer les gens, toute sorte de gens, leur silhouettes étranges la ravissent, les petits, les grands, les jeunes, les vieux, les moches, laids, beaux, communs, moyens, normaux, déformés, parfaits, parents, par deux, solitaires, célibataires, flâneurs, pressés, hommes d'affaire, mamans, bébés, gamines, gosses, sportifs, gras, gros, grand nez, petits yeux, pigeons. C'est une source de ravissement constant pour elle, des heures entières sur un balcon à regarder passer, à observer. Chaque pas est une histoire, elle leur joue à leur insu des destins extraordinaires ou parfois moins inventifs.
Eve c'est la fille normale sans l'être, un peu évaporée, jamais trop ancrée dans la réalité. Jamais je m'en foutiste, toujours très intéressée par ce monde qui est le SIEN. Aimant vivre, respirer, souffler et rire.
Ah le sourire d'Eve. Elle rit beaucoup, parfois même aux dépends des gens hélas. Mais c'est un travers si frileux qu'on lui pardonne facilement, surtout quand elle se met à raconter sa vie et à se qualifier de porteuse de poisse. Elle est comme ça, tout ce qu'elle touche se casse et se transforme en boue, les trucs bien n'arrivent pas à elle, toujours aux autres. Mais elle s'en fout un peu, c'est comme vivre sans cheveux, on dissimule, on déguise.
J'aime bien parler d'Eve, et il n'en faudrait pas moins pour commencer à rédiger ses Extraordinaires et Banales Aventures. Et parfois peut-être vaincra t-elle sa flemme pour venir parler elle même.
Premier article !







